Thierry est photographe. Il habite le quartier de Clignancourt depuis 2015. Son attachement au 18e arrondissement, lui, remonte aux années 1980.
Barbès, Pigalle et Porte de la Chapelle sont tant de lieux qui ont porté et portent encore sa sensibilité artistique. Il nous raconte : « Quand je suis à Paris, je suis tout le temps ici. […] C’est ici que je mets en application la vision que j’ai ».
Cette année, il a décidé de s’investir davantage dans le quartier. En « y passant plus de temps », en continuant à le photographier, toujours. Il s’est également proposé en tant que bénévole, pour cette quarantième édition de la Goutte d’Or en Fête. Il nous dit : « j’ai eu une sorte de mélancolie. J’ai vu 40 ans, alors je pense que ça m’a tapé. J’ai eu envie de proposer mon aide, pour la Goutte d’Or, de donner un peu de mon temps ».
Ensemble, nous discutons au coin du square Léon, ancien terrain vague où s’est fêtée la Goutte d’Or dès 1986.
Thierry a assisté à l’édition de 1989, entre autres. Il nous décrit une ambiance « très populaire, très bon enfant, très festive, très gaie ».
Ses souvenirs se logent dans un débit de boissons abondant provenant d’un ancien bar qu’il désigne comme « le QG de la fête », alimenté par les allers-retours des serveur.euse.s, de la fumée, partout, du monde, du bruit, et de la musique de qualité. Il insiste sur les gros concerts qui y étaient proposés ; « chaque soir il y avait un concert, ou même deux, ou même trois. Du reggae, du raï, des groupes français, de grands groupes algériens. C’était une offre musicale digne d’un festival. C’était la fête de la Goutte d’Or, mais axée sur la musique ».
Cette fête est chargée de sens pour Thierry. Pour lui, elle est « l’identité du quartier. Quelque chose propre à la Goutte d’Or », modelée par ses habitant.e.s, leurs origines, leurs engagements et résistances. Il explique : « Elle a été initiée dans les années 80. […] Le quartier l’a nécessité et déclenché à la fois. C’est assez naturellement qu’elle est venue. Ce n’est pas quelque chose qui a été rapporté de l’extérieur. C’est le quartier qui a fait naître cette fête. Ses musiques, d’origines diverses, correspondaient à la population du quartier et à son énergie. Tout le quartier était dehors. Pendant cette semaine de fête, il y avait beaucoup de vie. C’était assez libre, assez généreux. […] Toutes les familles du quartier étaient dehors. De cette fête émanait un énorme don de gratuité et de joie ».
Cette année, la Goutte d’Or en Fête revient, du 28 juin au 5 juillet, pour célébrer encore une fois la Goutte d’Or.