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Laure Volpato, le violoncelle sur la main

Par Anaïs Meynier

Publié le 3 novembre 2023

Quand elle n’est pas sur scène, la violoncelliste Laure Volpato enseigne l’éducation musicale aux élèves du 18ème arrondissement. Avec son association Arts au Diapason, elle travaille également à rendre plus inclusif la musique en proposant des ateliers à des publics défavorisés et isolés. Dans ce cadre, elle anime le P’tit Orchestre de la Goutte d’Or afin d’accueillir des enfants qui n’ont pas facilement accès à l’art.

Pas de violoncelle aujourd’hui pour la concertiste Laure Volpato, mais un piano sur lequel elle montre le sol aux enfants, assis en cercle autour d’elle. Si certains se souviennent de cette note, comme la jeune guitariste Jazmay qui rappelle que “c’est la troisième corde en partant du bas”, d’autres peinent à la trouver : “il est où le sol ?”, interroge dans un sourire Joseph, tout en faisant tourner dangereusement son violoncelle miniature sur lui-même. De quoi faire pâlir la professeure qui prête ces instruments grâce à son association Arts au Diapason.

Vite effacée, la peur n’entame pas la bonne humeur de Laure Volpato. Cette année, elle anime de nouveau le P’tit orchestre de la Goutte d’or après deux années d’absence. Les débuts sont encore timides pour la dizaine d’enfants présents ce jour-là. Le cours commence donc par un jeu où les têtes blondes se passent un clave en guise de témoin et chantent le prénom de leur voisin. L’occasion de mieux se connaître pour ces derniers, désormais plus enclins à entonner en chœur un air déjà appris. “Pour l’instant, c’est plus de l’initiation musicale. Je veux que les enfants touchent les instruments à corde sans que ça ne leur semble inatteignable”, explique Laure Volpato qui prévoit un concert en fin d’année avec quelques parents musiciens.

Peut-être que Mélanie, venue chercher sa petite Jazmay à la fin du cours, y participera : “Je joue du saxophone. J’ai inscrit ma fille car je voulais qu’elle fasse de la musique et que ça se fasse en collectif”. Elle s’entraîne d’ailleurs dans cette même salle bardée de bois avec la fanfare du quartier. Du côté de la famille de la jeune Israa, c’est plutôt la fille qui a demandé à la mère d’intégrer le P’tit orchestre, après en avoir entendu parler dans son école. Et quand on lui demande quel est son instrument préféré, elle répond sans détour : “tout ça”, désignant de son regard espiègle ses bras qui débordent d’un tambourin, d’un triangle et de maracas.

“Je sais pertinemment que l’argent est une barrière”

“J’ai créé cet atelier pour amener la musique à un public qui n’a pas aisément accès à l’art”, souffle la violoncelliste Laure Volpato. Le concept est simple : ouvrir l’orchestre à des enfants dont les familles peuvent payer l’inscription, permettant, de fait, l’accueil d’autres jeunes qui n’en ont pas les moyens. “Je sais pertinemment que l’argent est une barrière”, ajoute-t-elle. Or, à ses yeux, la musique devrait être l’affaire de tous, tant sa pratique collective permet aux enfants d’appréhender le "vivre-ensemble" de façon ludique et d’accéder au patrimoine artistique et culturel.

C’est toute jeune aussi que Laure Volpato est entrée dans le monde des notes et des mélodies, grâce à ses deux parents eux-mêmes musiciens. Originaires de Saint Germain en Laye, ces derniers déménagent au Sénégal pour travailler à l’institut des arts de Dakar, alors qu’elle n’est âgée que de trois semaines. "J’ai été bercée par cette culture avec sa tradition orale ou encore par la voix puissante de la chanteuse Yandé Codou Sène", se rappelle la concertiste, dont le visage pétille de ses souvenirs d’enfant. Elle est d’ailleurs actuellement en projet de spectacle avec les artistes Senny Camara, Souleymane Cissé et… ses parents.

Petite fille de cinq ans, elle réclame un violoncelle. Son souhait exaucé, elle s’essaie à tous les instruments. Elle gratte la guitare, presse les cordes du violon et s’amuse sur les touches d’un piano. Mais le violoncelle reste son dada : “j’ai été attirée par la posture. Cette sensation de serrer comme une poupée contre soi. On sent les vibrations de partout avec ce timbre chaud, presque enveloppant”. Accompagnée par ses parents, “car c’est quand même assez difficile quand on ne vient pas d’un milieu musical”, elle se lance dans une carrière de violoncelliste. Et comme eux, elle devient concertiste tant elle aime la musique de chambre et “jouer avec les autres”. Un goût que Laure Volpato développe notamment aux côtés d’Anatoli Krastev dont elle a suivi l’enseignement en Bulgarie et Marie-Paul Milone en France.

Mille vies en une

Sans tarder, quelques prix d’excellence et d’honneur s’enchaînent. Tout comme les concerts aux quatre coins du monde, entre le Japon, l’Allemagne et les Émirats Arabes Unis où le son du muezzin rappelle à la musicienne sa jeunesse sénégalaise. A peine le temps de se poser que Laure Volpato étudie en même temps le chant et la direction de chœur. A peine le temps de se remettre d’un accident qui aurait pu lui coûter sa carrière de musicienne. Mais elle n’en a que faire de ce peu de temps, tandis qu’elle s’essaie aussi au théâtre et à la danse pour en revenir toujours au violoncelle, véritable garde-fou d’une vie menée à 100 à l’heure. Laure Volpato sait que c’est un bourreau de travail. Quand bien même ça jure avec son physique de brindille. “J’adore ça, c’est une passion ! Je dors très peu. Mes journées commencent à 6h pour se terminer à minuit”, raconte-t-elle en buvant son café.

Quand elle n’est pas sur scène, l’artiste est professeure à la ville de Paris en éducation musicale. “Pour moi, la mission de passeur, de pédagogue est essentielle. Enseigner à l’école est un univers tout à fait différent du conservatoire où je suis prof aussi, dans le sens où au conservatoire ce sont des enfants qui ont bénéficié du même univers culturel que moi, qui connaissent déjà les instruments qu’ils peuvent payer 30 euros par mois avec des frais d’inscription à 1000 euros l’année”, partage Laure Volpato.

Elle découvre d’ailleurs le quartier de la Goutte d’Or grâce à son affectation dans une de ses écoles il y a une vingtaine d’années. Il fallait la voir débarquer, frêle mais déterminée, perchée sur ses talons, avec des cheveux aussi long que la Raiponce des contes. “Les enfants me regardaient comme une apparition”, rigole la violoncelliste au style inchangé depuis. Et ce n’est pas cet enfant croisé le premier jour dans les couloirs, déboulant des escaliers, tombant et se relevant aussitôt pour déguerpir qui impressionne la jeune prof. “J’avais déjà de la bouteille”, affirme Laure Volpato, droit dans les yeux. Devant sa classe de CM2, elle décide de faire ce qu’elle aime et sort son violoncelle pour en jouer devant eux : “il s’est passé quelque chose. Je m’y suis retrouvée”.

“Changer aussi souvent d’environnement me permet de garder les pieds sur terre”

Le 18e arrondissement, elle ne le quittera plus. Pour rien au monde elle ne renoncerait à ces enfants qui viennent de partout, dont elle connaît les familles et qu’elle voit grandir. “Je me sens chez moi ici”, sourit l’artiste. Laure Volpato reconnaît qu’au début, c’était difficile de concilier sa carrière de concertiste avec sa vie de professeure. Et pour cause, le matin elle peut être assise en tailleur face à des enfants pour leur apprendre des contes musicaux et se retrouver, plus tard, dans un château à jouer du Debussy en robe longue. “Mais aujourd’hui, il y a une très belle jonction qui se fait. Je me sers de l’un pour nourrir l’autre, et vice versa. Changer aussi souvent d’environnement, ça me permet de garder les pieds sur terre”, souligne la violoncelliste.

Toujours dans un souci de transmission, Laure Volpato s’investit dans l’associatif, via Arts au Diapason dont elle est la présidente. L’association souhaite faire de la musique un monde accessible aux publics précarisés ou isolés, tels que les seniors en maison de retraite, les jeunes en situation de handicap ou issus d’un quartier défavorisé. “S’investir pour une cause, c’est essentiel”, affirme celle qui a passé plusieurs jours l’été dernier à animer des ateliers dans l’Ehpad Oasis, rue Laghouat. Avec émotion, elle se souvient notamment de cette “petite dame” qui a sorti son harmonica à l’occasion. Une autre fois, elle a créé un conte musical avec des enfants en situation de grand handicap. Nourrie par ces expériences de vie, c’est tous les soirs après être rentrée chez elle que Laure Volpato joue quelques airs sur son violoncelle, comme un retour aux sources.



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